Actualité du préfet

Bonne continuation madame la Préfète

 
 
Bonne continuation madame la Préfète

Béatrice Abollivier, préfète de Seine-et-Marne a dit au revoir aux acteurs du territoire. Madame la Préfète quittera ses fonctions le 9 février.

Seul le prononcé fait foi

 

Mesdames et Messieurs les parlementaires,
Monsieur le Président du conseil départemental,
Mesdames, Messieurs les élus, (Conseillers régionaux, Conseillers départementaux, Maires, Présidents d’EPCI)
Monsieur le Préfet de Région, Cher collègue de l’Essonne,
Monsieur le Procureur, Monsieur le Premier vice-président du Tribunal Administratif,
Général, Messieurs les Officiers,
Mesdames, Messieurs les directeurs et chefs de service,
Mesdames et Messieurs les agents,
Mesdames, Messieurs,

Dans quelques jours je quitterai la Seine-et-Marne et la fonction préfectorale.

Même si l’ADN du corps préfectoral inscrit ces mouvements dans l’ordre des choses, je ne m’attendais pas réellement à cette mutation, si vite et j’en éprouve une certaine frustration. 30 mois se sont écoulés depuis mon arrivée en Seine-et-Marne, cette durée somme toute limitée, me laisse un sentiment d’inachevé. Elle a pourtant été riche d’événements et de chantiers, quand je regarde dans le rétroviseur. Le métier préfectoral est la rencontre avec un territoire et ses habitants.

L’Ile-de-France, région la plus peuplée est avant tout urbaine mais la Seine-et-Marne, vaste département, est aussi le plus campagnard de l’espace francilien, un mélange d’urbain et de rural.Certes avec 24 quartiers politique de la ville, des programmes de renouvellement urbain nationaux et régionaux, des établissements publics d’aménagements chargés, dans les anciens territoires des villes nouvelles, de maîtriser le développement urbain, la Seine-et-Marne est un des départements les plus dynamiques en termes de démographie. Dans ce département rural, « la ferme d’Ile-de-France », j’ai pu maintenir un lien privilégié avec le monde agricole. A côté des grandes cultures, j’y ai découvert deux nouvelles filières, la betterave et le fonctionnement des sucreries mais aussi Planète Chanvre et ses perspectives en termes de matériau biosourcé. Enfin même si le territoire n’est pas une terre d’élevage, n’oublions pas la diversité de ses bries et fromages généreux.

J’ai apprécié également le tempérament entreprenant de nos agriculteurs. Je pense à la méthanisation en particulier qui conjugue l’esprit d’initiative et la performance et où la Seine-et-Marne est en pointe. C’est désormais pour les grandes exploitations une activité de diversification. Nous avons également bien travaillé avec la profession sur la question du foncier et des gens du voyage. Un grand chantier nous attend avec la progression de l’urbanisation et l’utilisation des produits phytosanitaires. Nous l’avions abordé localement avant les dernières évolutions réglementaires en signant entre la Chambre d’Agriculture, l’Union des Maires et le Conseil départemental, une charte d’engagement. C’est un socle sur lequel le travail devra se poursuivre. Les visites d’exploitation ont toujours été des moments privilégiés auprès d’hommes et de femmes qui même dans les difficultés, montrent leur attachement à leurs terres et à leurs métiers. Et coup de chapeau au traditionnel Festival de la Terre porté par les Jeunes Agriculteurs qui, chaque automne, permet aux urbains et aux ruraux de mieux se comprendre. Avec ses grands espaces, la Seine-et-Marne est une terre d’accueil de nouvelles activités. J’ai eu la chance d’inaugurer de nouvelles usines, je pense à Assa-Abloy et à Iris Ohyama, plus grand investissement japonais en France depuis 10 ans sur Sénart mais aussi Village Nature, un atelier Hermès à Montereau.

Et surtout je n’oublierai pas le travail fait avec les équipes Disney pour donner corps aux 2 milliards d’euros d’investissement que vous allez déployer dans les années à venir. Merci à Mme la Présidente (Natacha Rafalski) pour votre confiance. Ces succès, hélas, ne doivent pas vous faire oublier les désastres industriels que nous avons dû gérer dans la Communauté de communes des Deux Morin : Arjowiggins et Villeroy & Boch où nous devons désormais penser à la revitalisation.

J’évoquerai ici un dossier qui nous a particulièrement mobilisés, la Fromagerie de la Brie qui a dû fermer dans le cadre d’une crise sanitaire majeure liée à la présence de listéria. L’AOP Brie de Melun était en jeu, les éleveurs se sentaient abandonnés et l’outil industriel devait être revu. Des repreneurs se sont manifestés et nous les avons accompagnés avec les services de l’Etat (DDPPDirection départementale de la protection des populations/DIRECCTEdirection régionale des entreprises de la concurrence de la consommation du travail et de l'emploi). Aujourd’hui la Société des Bries de Saint-Rémy a repris la fabrication, les éleveurs sont préservés et les 50 emplois du bassin également.

Un autre sujet qui caractérise de manière inattendue le département c’est le problème de la désertification médicale. On a du mal à imaginer que si près de Paris, ce département est le 98ème département avant Mayotte en termes de démographie médicale. Avec les communes et surtout le département, nous y avons travaillé. A titre personnel je me suis attachée à résoudre un aspect qui cristallise les mécontentements des familles, des élus et des forces de sécurité je veux parler des certificats de décès. Nous allons lancer dans quelques jours une expérimentation innovante : une permanence le week-end et jours fériés dédiée à ces actes. J’espère qu’elle portera ses fruits. Merci à l’ARSAgence Régionale de Santé de nous avoir suivis.

Je ne peux pas à ce stade ne pas évoquer les grands projets d’infrastructures portés par la Seine-et-Marne mais dont l’impact est régional, voire national. J’ai déjà évoqué Disney mais il y a aussi le Terminal 4 de Roissy, la réalisation du casier pilote de la Bassée et la mise à grand gabarit de la Seine de Bray à Nogent. Merci à la DDT et à la DRIEE pour tout le travail accompli et merci au Tribunal Administratif de Melun qui, sur ce dossier, a été un vrai conseil du Préfet.

Les élus sont traditionnellement les premiers interlocuteurs du préfet et ces dernières années, avec les schémas de coopération intercommunale, l’actualité a été chargée. J’ai essayé de répondre aux demandes d’évolution de périmètre des communes et de certains EPCI.

Mais je me suis surtout attachée à faire avancer la gouvernance de l’eau potable, de l’assainissement ainsi que la GEMAPI (gestion des milieux aquatiques et prévention des inondations). Cette réalisation a été possible grâce au Plan départemental de l’Eau porté de concert avec le Conseil départemental et réunissant tous les acteurs de l’eau. A 60 kms de Paris, nous avions encore trop de communes qui ne distribuaient pas une eau conforme. Il importait de structurer les syndicats pour leur permettre d’être plus opérationnels.En 3 ans, nous sommes passés de 500 à 218 structures compétentes dans le secteur de l’eau grâce à l’impulsion politique que j’ai initiée, aux services de l’Etat, notamment DDT et au travail collaboratif avec le Conseil départemental. En matière de GEMAPI, cette avancée était indispensable car la Seine-et-Marne connaît régulièrement de fortes inondations. 2016 et 2018 ont marqué les esprits car à peine les habitants venaient-ils de réparer leurs dommages qu’ils subissaient de nouveaux assauts des flots. Pour mémoire en 2018, tous les bassins ont été touchés et nous avons gardé le COD ouvert 5 semaines. Là aussi nous sommes passés de 49 syndicats à 21, de 5 à 17 EPCI exerçant les compétences et de 125 communes à 48 communes, non membre d’une structure de bassin. Enfin, parmi les 21 syndicats nous avons créé 3 EPAGE, le Loing, l’Yerre et le Grand Morin, couvrant l’étendue des bassins versants des grandes rivières de Seine-et-Marne hors grands axes, ce qui devrait réjouir le préfet de bassin.

A ce stade j’ai un regret, ne pas avoir pu faire avancer davantage les communes nouvelles dans le département et convaincre les EPCI de se réorganiser, pour affronter le fait métropolitain mais je le dis aux élus c’est réellement le défi que vous aurez à relever ces prochaines années.

Et puis il y a des sujets délicats que sont la gestion des gens du voyage et l’hébergement de migrants. S’agissant des gens du voyage et plus précisément les aires de grand passage, nous avons beaucoup progressé. Le schéma départemental qui se termine cette année aura vu la construction de quatre aires de grand passage et je remercie les élus de leur mobilisation. En ce qui concerne les migrants, la Seine-et-Marne a pris sa part en solidarité avec les autres départements franciliens dans l’accueil des migrants. Merci aux associations présentes ce soir qui, aux côtés de la DDCS, oeuvrent au quotidien pour trouver les solutions aux multiples demandes auxquelles nous sommes confrontés (Croix Rouge, Rose des Vents, Empreintes, l’ADSEA, le Sentier…).

A côté de cet inventaire il y a bien sûr les rendez-vous qui font la vie :
- Disney et son monde enchanté
- Musée de la Grande Guerre de Meaux
- Le Château de Fontainebleau et ses multiples événements
- Vaux le Vicomte et sa féérie
- Les médiévales de Provins
- Le Festival Django Reinhardt à Samois sur Seine et Fontainebleau
- La foire à la volaille d’Egreville
- La fête du Brie à Melun
- Le brame du cerf
- La Maison de Rosa Bonheur
- Le Musée des traditions populaires des Ormes
- La foire aux fromages de Coulommiers

et puis deux événements qui ont fait la une de l’actualité :
- l’évasion de Redouane Farid
- et le déplacement avorté du Président Trump à Meaux qui nous a plongé dans l’univers cinématographique de Men in Black et Apocalypse now.

Je n’oublie pas ma participation active à deux éditions de la Sénartaise à la tête de l’équipe de l’Etat et un manque que je vais m’employer à corriger prochainement le permis de chasse.

Pour terminer une requête, dans quelques semaines le jardin de la préfecture accueillera sous la houlette du lycée agricole de Brie Comte Robert des ruches. L’été devrait fournir les premières productions, j’aurais grand plaisir à déguster le Miel préfectoral.

Avant de conclure, je voudrais remercier l’équipe qui m’entoure car le travail d’un préfet n’est pas celui d’une femme ou d’un homme. Je commencerais par le corps préfectoral :
- Les secrétaires généraux, mes doubles
- Les directeurs de cabinet
 et tous les sous-préfets.

Mes remerciements vont également à l’ensemble des directeurs des services de l’Etat, ainsi qu’aux forces de sécurité (policiers, gendarmes, pompiers) dans des contextes parfois difficiles. Merci aux autorités judiciaires avec lesquelles nos relations ont toujours été riches et collaboratives. Merci également aux anciens combattants fidèles aux différentes cérémonies patriotiques que j’ai présidées, avec une émotion particulière pour le 100ème anniversaire de l’armistice de 1918 sur la tombe de Charles Péguy et la commémoration du massacre d’Arbonne la Forêt. Merci aux agents de la Préfecture et des services de l’Etat qui, dans leur quotidien, permettent notre action.
Merci aussi à ceux qui ont facilité mon quotidien :
- Mes secrétaires, Béatrice, Catherine et Corinne
- Les chauffeurs, Frédéric, Hervé, Maxime et David
- Le personnel de résidence, Cathy, Françoise, Daisy et bien sûr Bernard qui régale mes papilles ce soir comme d’habitude, et à notre jardinier. Jean-Pierre, si habile à s’occuper du potager.

J’ai entamé des chantiers, j’en ai clôturé certains, j’aime faire bouger les lignes avec un style qui m’appartient et qui n’est pas toujours conventionnel.

Dans son ouvrage « Persiste et signe » Edgar Pisani, revenant sur son expérience de préfet, commentait ainsi le rôle du serviteur de l’Etat : « Un préfet n’a jamais été fait à mes yeux pour administrer, il a pour cela un secrétaire général et des bureaux : il est fait pour animer, pour faire bouger, pour créer ». Cette conception du métier de préfet, vous l’avez compris, je l’ai faite mienne.

Cette soirée clôt un parcours entamé il y a 13 ans, mois pour mois 13 ans que je périgrine : Alpes de Haute Provence, Dordogne, Charente Maritime, Maine-et-Loire et Seine-et-Marne.

J’ai adoré ce métier et j’ai eu la chance de vivre plusieurs vies, plusieurs engagements (politique, associatif et aux services de l’Etat) tous ont un seul fil conducteur c’est l’attention aux autres. Une autre tranche de vie va s’ouvrir dans quelques semaines même si je ne la connais pas encore car j’ai encore presque 4 années à investir dans ma vie professionnelle. Avant de partager le verre de l’amitié, je voudrais vous livrer un poème africain que l’on m’a soufflé il y a quelques jours et que la situation me conduit à méditer : Le jeune court vite mais l’ancien connaît le chemin.

Merci à tous.

Béatrice Abollivier, Préfet de Seine-et-Marne